Hypersensible ?

Sensible ou hypersensible ?

Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité est un terme que l’on entend beaucoup aujourd’hui.

Revenons aux bases :

Qu’est-ce que la sensibilité ?

La sensibilité passe par nos sens et organes sensoriels pour apporter une information au cerveau.
Elle conditionne un comportement.
La sensibilité est inhérente à la survie puisqu’elle permet à l’individu d’adopter un comportement adapté, en rapprochant les informations sensorielles et l’expérience enregistrée par le cerveau (expérience acquise et héritage philogénétique de l’espèce).

La sensibilité facteur de survie dans le règne animal

Cavalière depuis quarante ans, à plusieurs occasion j’ai pu observer des familles de chevaux en liberté. L’approche comportementale inspirée des pionniers de l’éthologie équine (Marthe Kelley-Worthigton, Pat Parelli…) passe par l’observation des comportements naturels et s’appuie sur les ressources individuelles pour instaurer une relation de confiance qui permet la co-évolution.

On peut observer qu’à l’état naturel les chevaux sont souvent hyperattentifs à leur environnement : les oreilles très mobiles, le regard haut…
Cette attention se détend lorsqu’ils savent qu’ils peuvent faire confiance aux autres membres du groupe pour assurer leur part de vigilance et être ensemble en sécurité.
Une grande sensibilité à l’environnement et à ce qu’expriment les autres membres du groupe conditionnent la survie.

La connaissance de l’environnement est un des paramètres qui permet de la détente, mais elle est corrélée à la confiance en l’ensemble du groupe, et les capacités propres de l’individu à réagir de manière juste et équilibrée.

Ainsi la sensibilité n’est pas qu’une expérience individuelle qui s’exprime avec plus ou moins d’intensité par des comportements (détente, confiance, liberté, ou stress, peur, anxiété…), mais bien aussi une expérience collective où un groupe d’individus conditionnent ensemble des réactions plus ou moins adaptées.

Ainsi lorsqu’un groupe dysfonctionne, pour X raisons qui peuvent être aussi bien le cumul d’expériences individuelles négatives qui polluent la communication, que des réflexes ancrés qui génèrent des schémas négatifs en boucle, en cascade, l’hypersensibilité synthétisée par un ou plusieurs individus est une réaction naturelle, normale et salvatrice pour l’individu et l’ensemble du groupe, car elle invite à redéfinir des fonctionnements plus équilibrés, qui permettent un mouvement évolutif qui favorise la Vie.

La confiance

On m’a souvent confié de jeunes chevaux ou des chevaux dits « hypersensibles », « difficiles », voire « caractériels ». Pas à cause de mes compétences équestres, qui sont moyennes, mais pour mes compétences d’écoute, d’observation, de calme.

Rapidement avec ces chevaux nous avons pu obtenir des résultats : de l’apaisement, une belle qualité de relation, et même un niveau de dressage bien au-dessus de ce que j’aurais pu obtenir avec un partenaire moins sensible (« olympique » m’a dit une fois mon instructeur qui sortait lui-même de Saumur).
Simplement la confiance, l’intentionalité et l’action allaient dans la même direction : il est beaucoup plus facile d’évoluer et de co-créer dans un respect mutuel , la sécurité, la confiance. Les compétences individuelles s’en trouvent libérées, et nous dévoilons les aspects positifs de notre être.

Fascinée par les loups depuis l’enfance, j’ai vécu la même expérience auprès de canidés domestiques proches du loup, qui montrent un niveau de sensibilité à leur environnement particulièrement intense et nécessitent d’être accueillis pour ce qu’ils sont afin d’être accompagnés vers plus de bien-être et de détente dans un environnement qui a priori ne leur est pas favorable (trop de stimuli, trop d’inconnu, trop de contraintes…). Ils sont en capacité d’acquérir avec aisance des comportements adaptés dans des contextes très éloignés de leur milieu d’origine. Un des aspects intéressants de l’accompagnement de ces individus est qu’ils nous apprennent sur nous-mêmes : ensemble nous révélons des parts de notre être, sensible, conscient, une certaine qualité de présence dans la subtilité et la finesse. Une manière d’être au monde intégrative, qui est très vivante, très gaie et très créative.

L’habituation progressive

Pour accompagner d’individus dont l’équilibre a parfois été mis à mal par des expériences antérieures négatives, ou un environnement facteur de stress, nous passons  par l’habituation progressive : d’abord sur des difficultés simples où ils peuvent constater qu’ils sont en sécurité, qu’ils peuvent faire confiance à l’autre (expérience positive), mais aussi faire confiance à leurs propres capacités pour gérer les évènements (calme, assurance, initiative…) : l’individu intègre des perceptions positives.
Puis nous expérimentons, toujours  avec le renforcement positif, des difficultés plus complexes.
La finalité : les expériences positives intégrées, le renforcement des capacités permettent d’évoluer en confiance avec d’autres partenaires, dans des environnements différents, sans se sentir en danger, et de déployer toute l’étendue des capacités.
Dans cette accompagnement progressif où nous répétons des tâches simples, c’est la plasticité cérébrale qui est sollicitée par l’entrainement.

C’est peu ou prou la méthode que nous employons en sophrologie : la confiance et le respect dans la relation est bien entendu essentiel, et les protocoles proposés visent à rétablir la confiance de l’individu en lui-même, en ses propres capacités, qui se dévoilent au fur et à mesure des séances.

Le sophrologue est un vecteur positif, il n’induit rien, il propose un cadre respectueux, propice à l’émérgence des compétences et à la différenciation individuelle, et des protocoles qui facilitent l’émergence de ces qualités par l’expérience.

L’expérience individuelle permet que chacun exprime des compétences propres qui font une société harmonieuse et évolutive, et c’est l’émergence des compétences différentes qui fait l’évolution du groupe, que ce soit dans le couple cheval/cavalier, ou dans tout autre groupe social.

Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les êtres humains s’éduquent ensembles par l’intermédiaire du monde.

Paulo Freire

Si vous vous sentez hypersensible : ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas « anormal », il n’y a pas de règle quant à quel degré nous devrions être sensible à quoi, de même que certains ont un odorat plus développé que d’autres : l’odorat, le goût s’éduquent et se développent par l’entrainement (comme pour être oenologue par exemple).

De même, la sensibilité s’apprivoise et s’éduque.

Elle peut évoluer pour devenir une grande force dans votre existence.

Le seul critère qui va nous intéresser en sophrologie, c’est le confort et la qualité de vie : proposer des exercices adaptés pour renforcer les aspects positives de cette sensibilté (créativité, adaptabilité…), et se détourner des chemins neurologiques qui entrainent des comportements d’anxiété, d’inconfort, de stress.

La sensibilité nous fait évoluer

La sensibilité s’apprivoise pour être ce qu’elle est structurellement :

un outil d’évolution

Si votre sensibilité vous fait souffrir (ce qui est possible pour tout le monde à tout moment de l’existence, dès l’enfance, mais aussi suite à un évènement, un traumatisme, un deuil, des expériences stressantes…), il est possible par l’habituation et l’expérience individuelle en séance de revenir à un état d’être apaisé, vivable et même agréable. De retrouver une clarté d’esprit et de la légèreté dans les émotions, un équilibre agréable pour vivre avec aisance et se préparer à différentes situations.

Cela passera peut-être par changer des choses dans notre environnement, mais souvent quand nous changeons des choses en nous-même nous pouvons voir notre environnement s’adapter, sans que nous n’y fassions rien, sauf y renforcer notre qualité de présence, notre capacité à connaître nos fonctionnements, nos limites, nos ressources. C’est un cercle vertueux.

Lorsque nous apprenons à mieux nous connaître et nous respecter, nous sommes mieux reconnus et mieux respectés pour ce que nous sommes.

Changer en soi ce n’est pas changer qui nous sommes, c’est gagner notre liberté à exprimer qui nous sommes dans la dignité, le respect, la responsabilité.

Apprendre à connaître et à valoriser notre sensibilité est un atout. Car ne nous y trompons pas : quelle que soit l’espèce, la sensibilité est une valeur.

Il y a une vingtaine d’années je rencontrai François Giner sur la tournée promotionnelle de son livre (« En Terre Aborigène », Albin Michel), et j’allais vivre avec lui une expérience en immersion en Terre d’Arnhem parmi des aborigènes vivant de manière semi-traditionnelle.

J’ai été émerveillée de constater que, sans langue commune, nous nous comprenions souvent parfaitement. J’ai compris pourquoi il y avait tant d’histoires sur la télépathie chez les aborigènes : en réalité ils sont si attentifs à leur environnement et à l’autre que la plupart du temps il n’est pas nécessaire de se parler pour s’entendre.

J’ai vécu des semaines sous le sceau d’un grand calme, d’une grande simplicité, d’une profonde harmonie avec la nature, qui m’a donné à réfléchir sur ce que l’on entend par Evolution.

Les autochtones ont mauvaise réputation en Australie : alcooliques, violents, peu courageux, dépendants…

Mais sur les Terres j’ai pu observer des gens très joyeux, très actifs, très capables. Capables de vivre sur un territoire que le gouvernement australien lui-même a renoncé à exploiter tant il est difficile d’accès et soumis à des conditions météorologiques extrêmes. Des personnes attentives, sensibles aux autres et soucieuses de s’intégrer dans une harmonie naturelle dont dépend leur survie.

Cette Terre est occupée sans aucun conflit depuis 60 000 ans.

La sensibilité est facteur de développement de l’être humain

Si l’on porte un regard éthologique et ethnologique sur les êtres humains,
l’Humanité est une espèce éminemment sensible, et la sensibilité,
en tant que capacité d’observation et de lien à l’environnement qui régit un comportement,
est un facteur d’évolution de l’espèce.

Le monde contemporain accorde beaucoup d’importance à la technologie, et l’on ne peut nier les progrès apportés par l’IA lorsqu’il s’agit de prothèses intelligentes qui permettent à une personne touchée par la cécité de voir à nouveau ou palier quelque forme de handicap. Le « progrès » est beaucoup plus discutable lorsqu’il invite à éteindre notre propre conscience, notre propre sensibilité. Diminuer la quantité et la qualité des interactions humaines, vouloir aller toujours plus vite, vouloir toujours « plus » participe à créer un environnement stressant ou paradoxalement les paramètres essentiels à l’évolution qui sont la conscience, la créativité, la sensibilité, sont bafoués, et rapidement l’on s’aperçoit que l’on crée en réalité un contexte involutif, avec un recul de la qualité de vie. Avec des conséquences complexes sur la santé, et même un recul depuis quelques décennies, de l’espérance de vie.

La vie est mouvement, pas agitation. La vie, pour évoluer, a besoin de respiration : d’un rythme qui permette de fonctionner sans s’épuiser.

Notre éducation nous invite souvent à ne pas nous écouter. Et il est vrai que trop s’écouter, s’apitoyer sur soi, est un mouvement qui n’apporte pas beaucoup d’évolution. Mais ne pas s’écouter conduit au même endroit : maladie, la dépression, stagnation… Comment nous écouter, nous observer avec justesse ? Comment mettre à l’oeuvre notre sensibilité pour favoriser notre qualité de vie ?

La sophrologie est un temps que l’on se donne en soi pour y observer, y reconnaître le mouvement juste. Votre mouvement est différent du mien. Qui est différent de tous les autres. Et cela nous rend égaux. Et c’est cela qui constitue une humanité riche, et évolutive. Ne laissons personne, ni la colère, ni la tristesse, ni la douleur ou la maladie, ni le sentiment d’impuissance décider à notre place, reprenons la direction de notre existence et (re)trouvant calme en clarté en nous.

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