
Sensible ou hypersensible ?
Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?
L’hypersensibilité est un terme que l’on entend beaucoup aujourd’hui.
Biologiquement, qu’est-ce que la sensibilité ?
La sensibilité passe par nos sens et organes sensoriels pour apporter une information au cerveau.
Elle conditionne un comportement.
La sensibilité est inhérente à la survie puisqu’elle permet à l’individu d’adopter un comportement adapté, en rapprochant les informations sensorielles et l’expérience enregistrée par le cerveau (expérience acquise et héritage philogénétique de l’espèce).
Expérience éthologique : la sensibilité facteur de survie dans le règne animal
A plusieurs occasions j’ai pu observer des familles de chevaux en liberté. L’approche comportementale inspirée des pionniers de l’éthologie équine (Marthe Kelley-Worthigton, Pat Parelli…) passe par l’observation des comportements naturels et s’appuie sur les ressources individuelles pour instaurer une relation de confiance qui permet la co-évolution.
On peut observer qu’à l’état naturel les chevaux sont souvent hyperattentifs à leur environnement : les oreilles très mobiles, le regard haut…
Cette attention se détend lorsqu’ils savent qu’ils peuvent faire confiance aux autres membres du groupe pour assurer leur part de vigilance et être ensemble en sécurité.
Le groupe est garant de la survie.
La connaissance de l’environnement est un des paramètres qui permet la détente, mais elle est corrélée à la confiance en l’ensemble du groupe, l’ensemble constitue un équilibre.
Ainsi, la sensibilité n’est pas qu’une expérience individuelle qui s’exprime avec plus ou moins d’intensité par des comportements (détente, confiance, liberté, ou stress, peur, anxiété…), mais bien aussi une expérience collective.
Ainsi lorsqu’un groupe dysfonctionne, pour X raisons*, l’hypersensibilité synthétisée par un ou plusieurs individus est une réaction naturelle, normale et salvatrice pour l’individu et l’ensemble du groupe, car elle invite à redéfinir des fonctionnements plus équilibrés, qui remettent du mouvement, permettent l’évolution du groupe.

*qui peuvent être aussi bien le cumul d’expériences individuelles négatives qui polluent la communication, que des réflexes ancrés qui génèrent des schémas négatifs en boucle, en cascade
Sensibilité et adaptation comportementale
Avec des chevaux qualifiés « d’hypersensibles », voire « caractériels », dans la confiance, le calme, et le renforcement du positif, très vite, avec des techniques d’approche comportementale, l’on peut obtenir de l’apaisement, une belle qualité de relation, et même un niveau d’excellence (excellence = capacité à donner le meilleur de soi) parfois supérieur à ce que l’on pourrait obtenir avec un partenaire moins réceptif.
Il est beaucoup plus facile d’évoluer et de co-créer dans un respect mutuel , la sécurité, la confiance. Les compétences individuelles s’en trouvent libérées, et nous dévoilons les aspects positifs de notre être.
Fascinée par les races de chiens proches du loup depuis l’enfance, j’ai expérimenté la même approche avec des animaux qui montraient un niveau de sensibilité à leur environnement particulièrement intense dans un environnement inadapté : trop de stimuli, trop d’inconnu, trop de contraintes…
Rapidement, accompagnés de manière adéquate, ils sont en capacité d’acquérir avec aisance des comportements adaptés dans des contextes très éloignés de leur milieu d’origine.
C’est la plasticité cérébrale associée aux capacités sensorielles qui est sollicitée par l’entrainement.
Un des aspects intéressants de l’accompagnement de ces individus est qu’ils nous apprennent sur nous-mêmes : ensemble nous révélons des parts de notre être, sensible, conscient, une certaine qualité de présence qui permet la co-évolution.

Expérience ethnologique : la sensibilité première
Il y a une vingtaine d’années je rencontrai François Giner qui vient de terminer son livre (« En Terre Aborigène », Albin Michel).
Après une inauguration en fanfare à l’ambassade d’Australie et une tournée promotionnelle dans toute la France, j’allais vivre grâce à lui une expérience en immersion en Terre d’Arnhem, parmi des aborigènes vivant de manière semi-traditionnelle.
J’ai été émerveillée de constater que, sans langue commune, nous nous comprenions souvent parfaitement. J’ai compris pourquoi il y avait tant d’histoires sur la télépathie chez les aborigènes : en réalité ils sont si attentifs à leur environnement et à l’autre que la plupart du temps il n’est pas nécessaire de se parler pour s’entendre.
J’ai vécu des semaines sous le sceau d’un grand calme, d’une grande simplicité, d’une profonde harmonie avec la nature, qui m’a donné à réfléchir sur ce que l’on entend par Evolution.
Les autochtones ont mauvaise réputation en Australie : alcooliques, violents, peu courageux, dépendants…
Mais sur les Terres j’ai pu observer des gens très joyeux, très actifs, très capables. Capables de vivre sur un territoire que le gouvernement australien lui-même a renoncé à exploiter tant il est difficile d’accès et soumis à des conditions météorologiques extrêmes. Des personnes attentives, sensibles aux autres et soucieuses de s’intégrer dans une harmonie naturelle, dont dépend leur survie.
Cette Terre est occupée sans aucun conflit depuis 60 000 ans.

J’ai vécu le même type d’expérience dans les vallées himalayennes : protection du groupe, capacités individuelles mises en valeurs par le groupe, respect et harmonie dans les échanges, harmonie avec l’environnement.
Et si une manière d’être humain, libre, digne et en équilibre était de nous reconnecter à nos sens ?..
La sensibilité en sophrologie
En sophrologie caycédienne, comme dans l’approche comportementale, nous nous connectons à nos sensations, nos perceptions.
Au cours des pratiques nous expérimentons, en sécurité, nos propres ressources : notre capacité à vivre ou revivre des sensations apaisées, agréables, la présence de notre propre valeur.
L’approche permet de rééquilibrer nos mécanismes, de générer un état d’être agréable, confortable dans lequel nous continuons à évoluer, nous déployons nos capacités.
Par la pratique, nous générons une manière d’être au monde intégrative, vivante, gaie et créative.
Le sophrologue est un vecteur positif, il n’induit rien, il propose un cadre respectueux, propice à l’émergence des compétences, à la différenciation individuelle.
L’expérience individuelle permet que chacun exprime des compétences propres qui font une société harmonieuse et évolutive, et c’est l’émergence des compétences différentes qui fait l’évolution du groupe, dans tout groupe social.
Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les êtres humains s’éduquent ensembles par l’intermédiaire du monde.
Paulo Freire
Si vous vous sentez hypersensible : ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas « anormal », il n’y a pas de règle quant à quel degré nous devrions être sensible à quoi.
De même que certains ont un odorat plus développé que d’autres : l’odorat, le goût s’éduquent et se développent par l’entrainement (comme pour être oenologue par exemple).
La sensibilité s’apprivoise et s’éduque.
Elle peut évoluer pour devenir une grande force dans votre existence.
Le seul critère qui va nous intéresser en sophrologie, c’est le confort et la qualité de vie : proposer des exercices adaptés pour renforcer les aspects positives de cette sensibilté (créativité, adaptabilité, empathie…), et se détourner des chemins neurologiques qui entrainent des comportements d’anxiété, d’inconfort, de stress.
La sensibilité s’apprivoise pour être ce qu’elle est structurellement : un outil d’évolution.
Si votre sensibilité vous fait souffrir (ce qui est possible pour chacun à un moment de l’existence), il est possible en prenant soin de nos mécanismes cérébraux (plasticité, renforcement positif…) de revenir à un état d’être apaisé, vivable et même agréable. De retrouver clarté d’esprit, légèreté dans les émotions, un équilibre agréable pour vivre avec aisance et se préparer à différentes situations.
Notre existence évolue avec nous
Cela passera peut-être par changer des choses dans notre environnement, mais souvent, quand nous changeons des choses en nous-même, nous pouvons voir notre environnement s’adapter, sans que nous n’y fassions rien, sauf y renforcer notre qualité de présence, notre capacité à connaître nos fonctionnements, nos limites, nos ressources. C’est un cercle vertueux.
Lorsque nous apprenons à mieux nous connaître et nous respecter, nous sommes mieux reconnus et mieux respectés pour ce que nous sommes.
Changer en soi ce n’est pas changer qui nous sommes, c’est gagner notre liberté à exprimer qui nous sommes dans la dignité, le respect, la responsabilité.
Apprendre à connaître et à valoriser notre sensibilité est un atout. Car ne nous y trompons pas : quelle que soit l’espèce, la sensibilité est une valeur.
La sensibilité, facteur de développement de l’être humain
Si l’on porte un regard éthologique et ethnologique sur les êtres humains,
l’Humanité est une espèce éminemment sensible, et la sensibilité,
en tant que capacité d’observation et de lien à l’environnement qui régit un comportement,
est un facteur d’évolution de l’espèce.
Le monde contemporain accorde beaucoup d’importance à la technologie, et l’on ne peut nier les progrès apportés par l’IA lorsqu’il s’agit de prothèses intelligentes qui permettent à une personne touchée par la cécité de voir à nouveau ou palier quelque forme de handicap. Le « progrès » est beaucoup plus discutable lorsqu’il invite à éteindre notre propre conscience, notre propre sensibilité. Diminuer la quantité et la qualité des interactions humaines, vouloir aller toujours plus vite, vouloir toujours « plus » participe à créer un environnement stressant ou paradoxalement les paramètres essentiels à l’évolution qui sont la conscience, la créativité, la sensibilité, sont bafoués, et rapidement l’on s’aperçoit que l’on crée en réalité un contexte involutif, avec un recul de la qualité de vie. Avec des conséquences complexes sur la santé, et même un recul depuis quelques décennies, de l’espérance de vie.
La vie est mouvement, pas agitation. La vie, pour évoluer, a besoin de respiration : d’un rythme qui permette de fonctionner sans s’épuiser.
Notre éducation nous invite souvent à ne pas nous écouter. Et il est vrai que trop s’écouter, s’apitoyer sur soi, est un mouvement qui n’apporte pas beaucoup d’évolution. Mais ne pas s’écouter conduit au même endroit : maladie, la dépression, stagnation… Comment nous écouter, nous observer avec justesse ? Comment mettre à l’oeuvre notre sensibilité pour favoriser notre qualité de vie ?
La sophrologie est un temps que l’on se donne en soi pour y observer, y reconnaître le mouvement juste. Votre mouvement est différent du mien. Qui est différent de tous les autres. Et cela nous rend égaux. Et c’est cela qui constitue une humanité riche, et évolutive. Ne laissons personne, ni la colère, ni la tristesse, ni la douleur ou la maladie, ni le sentiment d’impuissance décider à notre place, reprenons la direction de notre existence et (re)trouvant calme en clarté en nous.

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